lundi 25 mai 2009

Réveil

C'est cette adaptation d'un lied de Malher dont on vous entretiens depuis plus d'un an. Enfin.

Longtemps hanté par les heures  de jeûn auquelles on le faisait se lever, le poète et chansonnier de la guerre compose ceci:

Nous, soldats, vautours ou valeureux pantins,

debouts sur nos deux bottes dès quatre heures du matin,

bondissons au frimas sur pavé de rue déserte;

Le cher être guette en dormant le signal d'alerte

qui nous emporte loin- elle de moi,

et un dernier regard porte tous les émois.

              Les pieds claquent sur le pavé;

Les bruits éclatent parmi le rocher.

Regarde, Frère, les coups que l'on déguste

Et le sang que font ces balles alors qu'elles touchent juste.

Si bien que, Frère, me voilà à tes pieds;

Je t'en prie, ne laisse pas un frère: emmène moi au quartier.

Claquent les éclats de bottes ennemies

Je t'en prie frère, ce n'est pas loin d'ici!

Frère, écoute: je n'en peux déjà plus.

Mon corps ne me porte pas. Je suis aussi vaincu.

Rampons, mourrons, prions, prie pour moi,

Et guettons sans marcher l'image de l'au-delà.

Les horribles ennemis quelquepart sonnent un cor,

une fois, deux fois, dix fois et encore.

Claquent on ne sais où ailleurs dans ces fumées,

Hallebardes, étendards, et canons éclatés.

Les frères s'enfuient, régressent, leurs pas grondent,

Ils laissent à terre le tambour, aspirés par la bonde.

Leurs figures rapetissent au regard du soldat.

Et l'horizon n'est plus que d'indistincts gravats.

Des gravats, des éclats, tout un fond d'univers,

A tout endroit, partout, toutes les heures de la terre.

Claquent leurs pas vers un carnage fumeux,

Leurs échos découpés dans un devant brumeux.

Mes yeux voient les frères au loin qui crient.

Un à un ils s'escamotent, fauchés par les ennemis.

Je suis à l'arrière, blessé, rampant à terre,

Je dois toujours jouer le même air terrifiant,

Je dois mener la guerre au tambour, en chantant.

Claque, alors, le tambour qui se perd,

Claque derrière un rêve les décharges et les balles,

Lentement la bataille change et devient un râle,

Un grand calme, un fantôme, ou le fracas d'une mer.

Morne est la plaine, où horrible la Mort,

Accable encore les frères de belliqueux accords.

Un sinistre vent noir allonge des nues rampantes.

La nuit tombe. Une musique sonne tremblante.

Il n'y a plus d'univers, pour ces pauvres soldats;

Il n'y a plus qu'un tambour marchant entre les tas.

Le calme est plat sur le tas des frères morts.

L'ennemi, propre et peureux, a bien rangé les corps.

Le tambour est là, marchant entre les tas,

Et pour jouer une berceuse il frappe son tambour bas.

Et comme le son décroît les frères sur leurs deux bottes,

Réveillés enfin se lèvent et foulent la motte.

Debout, la sentinelle au-dessus des tranchées,

Observe lentement les frères se réveiller.

Les frères se mettent en marche, à nouveau réunis

Et dans la joie, sans peur, ils marchent sur l'ennemi.

Rien alors qu'ils frappent n'arrêterait ces frères,

Ils frappent l'ennemi, le frappent, du plus vengeur des fer.

Les frères repoussent l'ennemi, qui s'étrangle de peur,

Et au loin on constate l'écho de sa terreur.

Claque le pas parmi le rocher,

claque la cadence des pas sur le pavé.

La nuit les bottes des frères en rang résonnent

Et le tambour joue bas pour ne réveiller personne.

Les frères s'approchent lentement du quartier,

Le tambour, en jouant bas, les mène s'y reposer.

A nouveau dans la ville, les frères sous la fenêtre,

En rang serrés s'arrêtent, attendent le cher être.

Plus rien ne claque en ce calme matin,

Sauf le tambour des valeureux pantins.

Le matin, les frères sont immobiles, en rang

Sur leurs côtes souffle un souffle d'air mourant.

Le matin les squelettes en rang pour la revue,

Se tiennent, attendent, pareils à des statues.

Le tambour est là, debout sur ses bottes noires,

Il est devant, il joue bas, pour que tous puissent le voir.

Posté par monsieure à 13:59 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Réveil

    Ah Malher de malheur. La guerre, grand malheur ! Mais en fait si vraie de nous hein ?
    Ce que j'aime chez Malher, ce sont ses leaders : Tout le reste est à jeter. Mais ses leaders punaises ! Les derniers vrais chants d'honneur composés.
    Un de mes spectres favoris fut tambour, à Austerlitz...

    Posté par Martin-Lothar, jeudi 28 mai 2009 à 23:14 | | Répondre
  • Je crois que les textes originaux ne sont pas de lui.Mais l'orchestration, pas de doute en tous cas... J'aime particulièrement ce premier lied, (c'est le premier sur monc compact disc). Le titre original est Revelge.
    Je m'en vais lire ce fantôme du coup...

    Posté par monsieur, vendredi 29 mai 2009 à 09:30 | | Répondre
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